Day of the woman

Meir Zarchi

Avec Camille Keaton (Jennifer Hills), Eron Tabor (Johnny), Richard Pace (Matthews Lucas), Anthony Nichols (Stanley), Gunter Kleemann (Andy)

Couleurs - 1978 - DVD

L'intrigue

Jennifer Hills se retire à la campagne pour écrire, elle est repérée par quatre types qui la violent. Elle se venge.

  • Diane Keaton (Jennifer)

  • Scène de viol

  • Camille Keaton (Jennifer)

  • Camille Keaton (Jennifer)

  • Gunter Kleeman (Andy) et Anthony Nichols (Stanley)

  • Diane Keaton (Jennifer)

  • scène de viol

  • Camille Keaton (Jennifer Hill) et Eron Tabor (Johnny)

  • Eron Tabor (Johnny)

  • Le viol

  • The day of the woman - affiche

  • Camille Keaton

Filmer l'horreur

Ce film était interdit au moins de 16 ans au moment de sa sortie en France, en 1978. Il contient des scènes qui pourraient choquer certains spectateurs.

Day of the woman (Œil pour œil, titre d’une version française tronquée) est un film d’exploitation ou un film d’horreur qui appartient à un sous-genre bien défini, celui que l’on appelle en anglais « rape and revenge » c’est-à-dire « viol et vengeance » et dont le scénario repose sur le récit d’un viol et de sa vengeance.
C’est Ingmar Berman qui est l’inventeur, sans doute involontaire, de cette catégorie de films discutés et discutables avec La source (1960) qui met en scène Birgitta Valberg et Max von Sydow dans un récit inspiré d’une chanson du 14e siècle : quelque part en Suède, une source est apparue à l’endroit où on a retrouvé le corps d’une jeune femme violée et assassinée par des malfrats, alors qu’elle se rendait à l’église. Les violeurs ont la mauvaise idée de demander l’asile à son père qui les confond et venge sauvagement sa fille. La source fait partie des expérimentions de Bergman à une époque où il tentait de « déchristianiser » son cinéma et tentait d’une manière toujours austère, mais plus moderne et vivante de décrire les rapports humains. Bergman n’appréciait pas qu’on lui rappelle ce film qu’il avait renié.

On se doute qu’avec un tel sujet et surtout avec de telles « actions » à mettre en scène, ces films, réalisés la plupart du temps par des hommes, sont problématiques et révèlent des motivations plus ou moins ambiguës. Citons parmi les films les plus connus et les plus remarqués : La dernière maison sur la gauche (1972) de Wes Craven, un film d’une extrême violence, mais paradoxalement assez pudique qui met en scène la fin du rêve de communion avec la nature (cher à Thoreau et à Emmerson) détruit par des détraqués sexuels venus de la ville. Le film de Craven peut aussi être vu comme une parabole sur l’adolescence traumatisée par l’irruption violente du sexe et de sa pratique qui bouleverse et réorganise (ou pas) l’amour et de la tendresse originaire prodiguée par la mère ou la personne qui s’occupe de l’enfant, autrement dit selon la terminologie freudienne le traumatisme qui résulte de l’opposition et le recouvrement du courant tendre par le courant sensuel. Abel Ferrara dans L’ange de la vengeance (1981) met en scène de façon démonstrative et gesticulatoire le double viol d’une femme sur fond de perte de repères et d’illusions dans une grande cité moderne et anonyme (New-York). En France, Virginie Despentes et Coralie Tinh Thi ont mis en scène dans Baise-Moi (2001), le remarquable roman éponyme et autobiographique de Despentes, la complexité, la subtilité et la finesse du texte de l’auteure supporte mal le passage à l’image. Plus récemment, Paul Verhoven avec Elle (2016) prend le contrepied des discours habituels sur le thème du viol. Dans la suite de Bunuel Belle de jour (1967), de Cavani Portier de nuit (1967) et encore de MacQueen Shame (2011), Verhoven met en scène l’ambiguïté des sentiments éprouvée par certains dans la pratique du sexe. Isabelle Huppert subit un viol, que Verhoven condamne et dont la brutalité et la violence ne nous sont pas épargnés et dans le même temps éprouve une attirance pour le violeur.1 Verhoven réalise avec Elle un film dont on peut discuter la problématique, mais qui est un authentique film « queer ». 
Dans King-kong théorie, Virginie Despentes signale le film de film Meir Zarchi qui se distingue des précédents par sa mise en scène et la pertinence de son propos.
Il est utile de revenir sur la genèse du film qui explique en partie les motivation de son auteur. En 1974, producteur de cinéma, il habitait avec sa famille dans la banlieue de New York. Un matin, en allant au tennis avec un ami et son fils, il aperçoit depuis la fenêtre de sa voiture, une silhouette qui déambule nue dans le parc à côté de chez lui. Il va à sa rencontre et découvre une jeune femme de 18 ans, hébétée, le regard fixe et la mâchoire cassée, qui vient de se faire violer «  son corps n’était qu’une plaie et ses yeux regardaient dans le vide »2. Meir Zarchi et son ami lui porte secours. Plus tard il rencontrera le père de cette jeune femme, ancien étudiant de cinéma en Pologne où il avait fait ses études avec Polanski et qui prendra en charge les effets sonores du film. Le souvenir traumatisant de cette rencontre est restée suffisamment vif pour que quelques années plus tard Meir Zarchi décide de réaliser un film sur le viol qu’il produit lui-même avec un budget modeste.
C’est le parti-pris de la mise en scène qui fait de ce film une oeuvre unique, presque brechtienne, « rien de spectaculaire dans le sens du spectacle ». Le metteur en scène ne montre que la violence et la brutalité. Meir Zarchi filme le viol sans érotisme, « Jennifer est couverte de boue et son corps est maltraité et rabaissé ». Zarchi tient la caméra à distance et conserve les plans dans leur durée ce qui accentue le réalisme et le malaise. Le metteur en scène veille à ce qu’il ne soit pas possible de s’identifier aux violeurs. Il s’agit d’un film sur l’horreur plus que d’un film d’horreur.
Au cours du commentaire fait par le réalisateur disponible dans les bonus du dvd, Meir Zarchi s’interroge à propos des deux scènes de viols qui se succèdent et qui durent plus de 25 minutes et répond lui-même à une question : « Est-ce que j’étais obligé d’en montrer autant ? N’oublions pas il s’agit d’un film de revanche et la revanche doit être un cran au-dessus du crime commis. Le crime doit être si horrible que la punition justifie la mort. Nous devons voir son humiliation, sinon la revanche n’a aucun sens ».  

  1. Il ne s’agit pas là d’un débat philosophique ou moral sur la question du consentement ou du viol, mais du constat fait par Verhoven concernant la spécificité (pour certains et certaines) du surgissement du plaisir dans la pratique du sexe. Freud dans un article fondamental On bat un enfant (1919) s’interroge sur l’origine de ce fantasme sexuel chez un certain nombre de ses patients, fantasme qui s’origine dans un plaisir ambigu éprouvé par un enfant au moment de la punition, c’est à dire une fessée donnée par un adulte. Il y aurait donc selon Freud, en raison de l’asymétrie des positions et de la tendresse éprouvée l’un pour l’autre, comme conséquence d’un acte de violence subi par un enfant de la part d’un adulte (traumatisme), un rabaissement (l’enfant est chosifié) et en même temps une promotion (il est distingué) qui serait à l’origine de ce fantasme qui ne cesse d’être actif dans la vie adulte. []
  2. Commentaire du réalisateur dans le bonus du dvd Day of the woman, version intégrale. []