My own private Idaho

Gus van Sant

Avec River Phoenix (Mike Waters ), Keanu Reeves (Scott Favor)

Couleurs - 1991 - DVD

L'intrigue

Dans un quartier de Portland aux Etats-Unis, des gosses de la rue font le tapin pour survivre, ils se défoncent et vivent dans un squat. Parmi eux, Scott Favor, le fils du maire de la ville en révolte contre son père et son milieu et Mike Waters un garçon qui vient de la campagne, se lient d’amitié. Scott décide d’accompagner Mike à la recherche de sa mère.

  • River Phoenix (Mike Waters) et Keanu Reeves (Scott Favor)

  • Keanu Reeves (Scott Favor) et River Phoenix (Mike Waters )

  • River Phoenix (Mike Waters)

  • River Phoenix (Mike Waters) et une cliente

  • Gus van Sant, River Phoenix (Mike Waters ) et Keanu Reeves (Scott Favor)

  • River Phoenix (Mike Waters) et Keanu Reeves (Scott Favor)

  • Keanu Reeves (Scott Favor)

  • My own private Idaho

  • Gus van Sant

  • Affiche My own private Idaho

L’homosexualité au cinéma sans complaisance

Après le succès critique de « Mala Noche » (1985), film talentueux et original et les excellents résultats au box office de « Drugstore cow-boys » (1989), Gus van Sant a les moyens de retourner à Portland, la ville où il a grandi, pour réaliser un road-movie sur l’aventure de deux prostitués en révolte et en quête d’identité. « My own private Idaho » est le premier scénario original de Gus van Sant qui s’est inspiré des aventures de deux garçons de Portland qui apparaissent dans le film et racontent leurs premières expériences de prostitués.
Nous ne sommes plus dans les années 70 et 80, l’époque des films d’auteurs élitistes pour un public spécialisé touche à sa fin. Les spectateurs et les producteurs sont à la recherche de sujet et de formes nouvelles, mais consommables. Une fenêtre s’ouvre, une nouvelle esthétique du cinéma s’invente avec l’idée que ça peut rapporter gros. Le cinéma américain indépendant s’inspire du cinéma américain des années 70 avec comme références les films Mike Nichols « The graduate » (1967), Bob Rafelson « Five easy pieces » (1970) ou Hall Ashby « Shampoo » (1975). Il cesse de lorgner du côté de l’Europe et de son « cinéma d’art et d’essai ». Le cinéma américain fixe désormais ses propres codes et met en place une esthétique caractérisée par une image raffinée, une caméra mobile, une mise en scène efficace, variée et « empathique » qui se veut « transparente » et fait mine de s’effacer derrière la narration. C’est cette esthétique qui domine aujourd’hui le cinéma et constitue la manière de faire de la plupart des cinéastes contemporains.
En 1991, il n’est pas encore possible de raconter des amours homosexuels dans un film destiné au grand public. La première version du scénario est donc celle d’un film sur le tapin, la drogue et le sexe et Scott et Mike sont des prostitués masculins et hétéros. C’est le comédien River Phénix qui, après s’être documenté et soucieux de vérité, a fait de son personnage, un gay qui tombe amoureux. C’est donc lui qui transforme le film en histoire d’amour. Dans la scène du feu de camps, Mike avoue son amour à Scott et l’embrasse, mais dans le noir, pour ne pas prendre le risque de trop heurter le public.1 Le film de Van Sant transcende la réalité. Il transforme le récit tragique de marginaux en une épopée lyrique, universelle et en fait « un des plus beaux symboles de la révolte adolescente »2 qui va bien au-delà de la question homosexuelle. Gus van Sant fait preuve d’une extraordinaire invention formelle. Il s’inspire d’Henri IV, la pièce de Shakespeare, transforme le squat en scène de théâtre élisabéthain, utilise des extraits de films super huit pour évoquer les souvenirs d’enfance de Mike et présente les scènes de sexe de manière allégorique ce qui leur enlève toute crudité et il propose une « quasi non représentation sexuelle de l’omniprésente sexualité »  (( DIDIER ROTH-BETTONI, L’homosexualité au cinéma, Paris, Editions La Musardine, 2007, page 352 )). D’après Didier Roth-Bettoni, Gus van Sant, leader du  » new querr cinéma américain, a signé une des œuvres modernes essentielles dans l’histoire des représentation homosexuelles  »  (( DIDIER ROTH-BETTONI, L’homosexualité au cinéma, Paris, Editions La Musardine, 2007, page 352 )).

Documents

Freud, sans être homosexuel, n’a jamais caché son goût pour l’amitié masculine. Alors que l’homosexualité a été regardée comme une anomalie psychique, une tare ou une dégénérescence par la psychiatrie et la sexologie du XXème siècle, Freud le premier, a fait entrer l’homosexualité dans la sexualité humaine « pour la concevoir comme un choix psychique inconscient » 3. Freud écrit en 1915 : « La recherche psychanalytique s’oppose avec la plus grande détermination à la tentative de séparer les homosexuels des autres êtres humains en tant que groupe particularisé » (( Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie sexuelle, (note de bas de page ajoutée en 1915), Paris, Gallimard, Col. de l’inconscient, page 51 )). Ses collègues et successeurs sont plus partagés. Sandor Ferenczi prend la défense des homosexuels persécutés en Hongrie tandis que Karl Abraham, Ernest Jones, puis Anna Freud s’opposent à ce que des homosexuels exercent la psychanalyse. Lacan renoua avec la tolérance de Freud vis à vis de l’homosexualité et accepta  » le principe de leur intégration en temps que didacticien »  (( Elisabeth ROUDINESCO et Michel PLON, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard 1997, page 473 )).

En avril 1935, une mère américaine désespérée écrivit d’Amérique à Freud pour lui demander conseil à propos de son fils. Voici des extraits de la réponse que Freud lui fit parvenir :
« Je crois comprendre d’après votre lettre que votre fils est homosexuel. J’ai été frappé du fait que vous ne mentionnez pas vous-même ce terme dans les informations que vous me donnez à son sujet. Puis-je vous demander pourquoi vous l’évitez ? L’homosexualité n’est évidemment pas un avantage, mais il n’y a là rien dont on doive avoir honte, ce n’est ni un vice, ni un avilissement et on ne saurait la qualifier de maladie, nous la considérons comme une variation de la fonction sexuelle. (…) C’est une grande injustice de persécuter l’homosexualité comme un crime – et c’est aussi une cruauté. (…) En me demandant s’il m’est possible de vous venir en aide, vous voulez sans doute demander si je puis supprimer l’homosexualité et faire qu’une hétérosexualité la remplace. La réponse est que, d’une manière générale, nous ne pouvons promettre d’y arriver. (…) Le résultat du traitement reste imprévisible. Ce que la psychanalyse peut faire pour votre fils se situe à un niveau différent. S’il est malheureux, névrosé, déchiré par des conflits, inhibé dans sa vie sociale, alors la psychanalyse peut lui apporter l’harmonie, la paix de l’esprit, une pleine activité qu’il demeure homosexuel ou qu’il change. »

Lire l’article de Ruth Menahem intitulé : « Désorientations sexuelles, Freud et l’homosexualité » sur le site de « Cairn info » : http://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-1-page-11.htm

 

 

 

 

 

  1. Entretien entre Gus van Sant et Todd Haynes dans les bonus du dvd : coffret Collector, Métropolitan.
  2. DIDIER ROTH-BETTONI, L’homosexualité au cinéma, Paris, Editions La Musardine, 2007, page 710
  3. Elisabeth ROUDINESCO et Michel PLON, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard 1997, page 470