La famille Savage

Tamara Jenkins

Avec Laura Linney (Wendy Savage) , Philip Seymour Hoffman (Jon Savage), Philip Bosco (Lenny Savage), Peter Friedman (Larry, l’amant de Wendy)

Couleurs - 2007 - DVD

L'intrigue

Ils ont la quarantaine, lui est universitaire spécialiste de Brecht, elle fait des petits boulots d’intérim et écrit des pièces de théâtre qui ne se jouent pas. Leur père, Lenny est chassé de la maison qu’il occupait avec son amie après le décès brutal de celle-ci. Wendy et Philip partent à la cherche une maison de retraite pour leur père qui devient sénile

  • Philip Seymour Hoffman (Jon), Laura Linney (Wendy) et Philip Bosco (Lenny Savage)

  • Laura Linney (Wendy) et Philip Seymour Hoffman (Jon)

  • Philip Bosco (Lenny Savage)

  • Philip Bosco (Lenny Savage)

  • Philip Seymour Hoffman (Jon) et Laura Linney (Wendy)

  • Philip Seymour Hoffman (Jon) et Laura Linney (Wendy)

  • Philip Bosco (Lenny Savage)

  • Laura Linney (Wendy) et Philip Seymour Hoffman (Jon)

  • Philip Seymour Hoffman (Jon) et Laura Linney (Wendy)

  • Philip Bosco (Lenny Savage)

  • Laura Linney (Wendy)

  • Peter Friedman (Larry)

  • Laura Linney (Wendy) et Philip Seymour Hoffman (Jon)

  • La famille Savage Affiche

  • La famille Savage Pochette dvd

  • Tamara Jenkins

  • Tamara Jenkins et Philip Seymour Hoffman (Jon)

« Glissez mortel n’appuyez pas ! »

« La famille Savage » est un film indépendant américain à petit budget, tourné en 30 jours, c’est a dire très rapidement et réalisé par Tamara Jenkins. Il traite avec finesse de la vieillesse, un sujet avec lequel il est facile de se laisser aller à l’émotion et au spectaculaire. Quoi de plus émouvant en effet que le spectacle d’un vieil homme qui fait naufrage et sombre dans la démence ?
Lenny Savage, le père, n’est pas un type sympathique, mais il est confronté ou plutôt il confronte son entourage au problème que pose souvent la vieillesse. Lenny perd le sens de la réalité, se retire progressivement de notre monde et s’enferme dans le silence. La vie est toujours une négation de la mort, mais que devient elle quand elle en devient le déni ?
La mise en scène de « La famille Savage » se caractérise par la distance que Jenkins maintient avec son sujet. Elle se garde de tout misérabilisme et refuse le chantage à l’émotion. Pour autant, elle n’esquive pas son propos et se pose à chaque plan des questions de mise en scène : Quoi montrer ? Comment ? Pour quel effet et dans quel but ? Sa mise en scène est plus allusive que démonstrative, elle joue sur le hors champs, change de plan dès que le spectateur a compris. Ces choix esthétiques qui privilégient l’espace, le temps et respectent les personnages et leur intimité sont à l’opposé de la manière de faire de la plupart des cinéastes contemporains pour qui la recherche de l’effet, l’émotion, la proximité et l’empathie font office de mise en scène. Ce n’est sans doute pas par hasard si Lenny Savage, le frère de Wendy, fait une thèse sur Brecht, un auteur qui n’a cessé de s’interroger sur la mise en scène de théâtre, ses buts et ses effets. Le film de Jenkins a fait 18 000 entrées en France. C’est peu de dire qu’il est passé inaperçu.

Documents

D’après Freud, notre propre mort n’est pas représentable puisqu’il faudrait en être le spectateur et que justement la mort, c’est d’abord la fin de sa vie et rien n’existe après elle. Passé ce paradoxe, Freud remarque que cette impossibilité de représentation de sa propre mort est érotisée de deux manières différentes. D’une part par la prise de risque dans la réalité, qui fait que nous nous comportons comme des héros immortels et que nous sommes persuadés que ce sont toujours les autres qui meurent : « Il ne peut rien m’arriver », et par l’identification à la mort des autres, phénomène auquel l’homme moderne attache tant d’importance dans la littérature, le théâtre ou le cinéma par exemple, puisque c’est cette confrontation la mort qui donne son prix à sa propre vie.
« Notre propre mort ne nous est pas représentable et aussi souvent que nous tentons de nous la représenter nous pouvons remarquer qu’en réalité nous continuons à être là en tant que spectateur. C’est pourquoi dans l’école psychanalytique on a pu oser cette déclaration : personne, au fond, ne croit à sa propre mort ou, ce qui revient au même : dans l’inconscient, chacun de nous est persuadé de son immortalité ».1
« Ne devons-nous pas convenir qu’avec notre attitude de civilisé à l’égard de la mort nous avons, une fois encore, vécu psychologiquement au-dessus de nos moyens et ne devons-nous pas faire demi-tour et confesser la vérité ? Ne vaudrait-il pas mieux faire à la mort, dans la réalité et dans nos pensées, la place qui lui revient et laisser un peu plus se manifester notre attitude inconsciente à l’égard de la mort, que nous avons jusqu’à présent si soigneusement réprimée. (…) cela présente l’avantage de mieux tenir compte de la vraisemblance et de nous rendre la vie de nouveau plus supportable. Supporter la vie reste bien le premier devoir de tous les vivants. L’illusion perd toute valeur quand elle nous en empêche. (…) Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort »2

  1. SIGMUND FREUD, « notre relation à la mort », Essais de psychanalyse, 1915, Paris, Payot, Col. Petite bibliothèque Payot, 1981, page 31 et 32
  2. SIGMUND FREUD, « notre relation à la mort », Essais de psychanalyse, 1915, Paris, Payot, Col. Petite bibliothèque Payot, 1981, page 46