De particulier à particulier

Brice Cauvin

Avec Hélène Fillières (Marion), Laurent Lucas (Philippe)

Couleurs - 2006 - DVD

L'intrigue

Philippe et Marion vivent à Paris avec leurs deux enfants. Ils décident de partir quelques jours à Venise. A la gare, ils découvrent un sac rempli d’argent. Sur l’étiquette du sac est écrit « Hotel Harabati – Syrie ». De retour à la maison, la vie reprend, mais plus rien n’est comme avant… D’ailleurs, sont-ils vraiment allés à Venise ?

  • Hélène Fillières

  • Marion (Hélène Fillières) et ses enfants

  • Hélène Fillières

  • Brice Cauvin

  • Affiche: De particulier à particulier

Un voyage extraordinaire

« De particulier à particulier » est l’un des films les plus audacieux et les plus originaux produit dans les années 2000 par le cinéma français. Il est bien loin d’avoir eut l’audience qu’il méritait.

A l’origine, Brice Cauvin souhaitait que son film ne porte pas de titre, il voulait réaliser un film qui ne s’apparente à aucun genre. Il précise que son travail de mise en scène est basé sur « un refus de la psychologie », qu’il « n’aime pas que les choses soient dites » et qu’il « ne veut pas donner un sens aux choses ».1

Cauvin ne cherche pas à jeter un regard sur un monde différent ni à nous introduire dans un univers fantastique. Son ambition est de nous faire accéder à une perception plus originaire et plus essentielle, où les choses vaudraient par elles-mêmes. Au fur et à mesure du déroulement du film, notre perception se modifie, le lien qui nous relie aux objets se dénoue, les personnages perdent de leur densité, l’espace devient un décor et un autre possible se profile dans la brèche ouverte au sein de la réalité. Cauvin parvient à nous faire éprouver physiquement cette mutation. Après le film, on entend différemment le bruit de nos pas sur le trottoir. On ne sait plus si la sonnerie du téléphone vient de la pièce voisine, du film ou si elle est le fruit de notre imagination, la bouche d’Hélène Fillières qui se regarde dans la glace n’est plus celle de la comédienne, c’est un trou denté au milieu d‘un visage de chair dans lequel pénètre une brosse à dents. « L’expérience perceptive n’est pas résorbée dans le langage, il reste un noyau perceptif » comme l’analyse Benmakhlouf à propos d’Alice au pays des merveilles.2 Quand Marion, Philippe et leurs enfants voguent en gondole à la fin du film, ils ne sont pas en Syrie, ni même à Venise, ni même dans leur imagination, ils sont dans un espace intermédiaire, celui d’avant notre venue au monde.

Est-ce trahir la volonté de l’auteur que de prétendre que « De particulier a particulier » est la brillante démonstration sur l’origine d’un possible morcellement du moi et donc de l’entrée dans la psychose ?

  1. Interview de Brice Cauvin dans le bonus du dvd
  2. Communication d’Ali Benmakhlouf : « Autour du juvénile : les métamorphoses, Alice au pays des merveilles », intervention aux journées de la SPF « Psychanalyser avec l’adolescence », samedi 24 novembre 2012