We need to talk about Kevin

Lynne Ramsay

Avec Tilda Swinton (Eva, la mère), John C. Reilly (Franklin, le père), Ezra Miller (Kevin ado, le fils).

Couleurs - 2010 - DVD

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L'intrigue

Eva, dévoré de culpabilité se souvient : Quand elle est devenue mère, elle n’a pas accroché avec son fils Kevin… Pire, elle ne l’a pas supporté. Kevin lui, n’est pas resté indifférent à l’absence d’amour de sa mère et la vie de famille est devenue un enfer, jusqu’au jour où Kevin commet l’irréparable.

  • Tilda Swinton (Eva, la mère)

  • Ezra Miller (Kevin ado, le fils)

  • Ezra Miller (Kevin ado, le fils)

  • Ezra Miller (Kevin ado, le fils) et Tilda Swinton (Eva, la mère)

  • Tilda Swinton (Eva, la mère)

  • Tilda Swinton (Eva, la mère)

  • Tilda Swinton (Eva, la mère)

  • et Kevin et Tilda Swinton (Eva, la mère)

  • Tilda Swinton (Eva, la mère)

  • Tilda Swinton (Eva, la mère), Kevin et John C. Reilly (Franklin, le père)

  • Lynne Ramsay

  • We need too talk about Kevin Affiche

  • We need too talk about Kevin Affiche 2

  • We need too talk about Kevin Affiche 3

Contre la mère… Tout contre

« We need to talk about Kevin » est le troisième long-métrage de Lynne Ramsay, une réalisatrice écossaise qui a grandi a Glasgow. Il s’agit de l’adaptation du roman américain éponyme de Lionel Shriver1. qui raconte le quotidien d’une mère après le massacre commis par son fils dans le gymnase de son lycée2. La mise en scène rigoureuse, inventive, extraordinairement visuelle de Lynne Ramsay traduit parfaitement la complexité et la violence du roman de Lionel Shriver.
D’après l’actrice Tilda Swinton qui joue le rôle d’Eva : « C’est ce que chaque mère (…) redoute en décidant d’avoir un enfant, d’emblée de ne pas accrocher, de ne pas ressentir de lien…  Pire encore, de ressentir une aversion de plus en plus forte pour ce bébé qui hurle, pour ce bambin belliqueux, qui finit par se transformer en tueur de moins de 15 ans. »3. La réalisatrice Lynne Ramsay ajoute : Le film « met le doigt sur un véritable tabou concernant les mères. Que se passe-t-il si vous n’aimez pas votre fils ? Si aucun lien ne se noue ? »4.

Le récit est construit en flash back, il raconte l’actuel de la vie quotidienne d’Eva, ses visites en prison pour voir son fils, il montre ses rêves, ses cauchemars, ses souvenirs et retrace les moments importants de sa vie mêlés aux images de la tragédie. C’est à la fois un roman noir, un thriller, une étude psychologique et un film d’horreur.
Ezra Miller décrit son travail de préparation pour se mettre dans le peau de Kevin, adolescent : « On s’est efforcé au maximum de créer (…) une ambigüité qui apparaisse comme crédible. Kevin n’est pas présenté comme le mal incarné. Parce qu’au fond, et c’est ça le plus effrayant, il ne l’est pas. Ce n’est pas un sociopathe, ni un psychopathe, ni même un fou, c’est un ado qui a toute sa tête, qui déteste profondément la vie, qui a bien conscience du côte dégueulasse de la mascarade que joue sa famille »5. Pour Tilda, c’est la méchanceté de la mère qui est à l’origine de la folie du fils : Tilda : « Ce n’est pas que sa violence et sa méchanceté lui sont étrangères, bien au contraire, elles lui sont familières… C’est sa méchanceté à elle, c’est sa violence, c’est ça le cauchemar. C’est très facile de dire qu’un enfant est méchant… De dire : « C’est pas nous, ça… ». Elle sait parfaitement d’où vient cette méchanceté… ». Pour Elzra qui joue le rôle du fils, le père porte aussi sa part de responsabilité : « Le vrai méchant d’une certaine manière, c’est lui. Le père est à la fois coupable et il incarne parfaitement cette attitude très répandue dans la société américaine : Faisons comme si tout allait bien. (…) Jouons à la famille heureuse. Quitte à entretenir les problèmes, pas forcément grave, mais qu’on cache… »

Un crime de cette nature peut-il rester impuni ? Notre soif de justice ne nous pousse-t-elle pas à chercher un coupable ?6 Kevin est sans aucun doute l’auteur du geste criminel, mais il est mineur. Est-ce Eva, sa mère qui en porte la responsabilité ? Est-ce Franklin, le père défaillant ? Chacun perçoit confusément que la désignation d’un coupable, même s’il satisfait notre désir de justice, n’a que peu de rapport avec le mécanisme et la logique en jeu dans l’enchaînement des faits. Les propos de la réalisatrice et de Tilda Swinton sont sans doute utiles aux comédiens pour la construction de leur personnage, mais ils ne nous aident pas à comprendre et à mettre des mots sur ce qui s’est passé. Dans un premier temps, on peut remarquer que tout ce que réalise Kevin se fait sous le regard de sa mère et que toutes les actions de son existence porte le sceau et la marque de ce regard. Il ne s’agit donc pas d’une absence de lien comme le prétend Tilda Swinton, mais bien de quelque chose qui passe très fort entre Kevin et elle, même si ce lien a pris la forme de la haine. Que peut on dire de cette étrange relation ? Pourquoi a-t-elle a pris cette forme inverse de l’amour ? Il ne fait pas doute que le crime de Kevin est entièrement dédié à sa mère (On peut remarquer que Kevin ne se contente pas d’assassiner ses collègues d’école). On pourrait de manière paradoxale soutenir qu’avec ce crime, Kevin va chercher la sanction d’un rapport enfin possible avec sa mère, un rapport enfin médiatisé par la loi des hommes. Peut-on dire que quelque chose d’un autre ordre est enfin possible une fois en prison ? On peut remarquer que Kevin n’arrive à parler qu’une fois en prison, enfermé loin de sa mère. Sans doute le massacre est l’acte ultime qui lui permet d’instaurer un autre ordre de relation au monde ? Difficile d’en dire plus sans se perdre dans des élucubrations intellectuelles et gratuites. On ne connaît pas de l’histoire des protagonistes, il est donc impossible d’en chercher les raisons cachées. Il faudrait écouter la mère, tenter de situer à quel fantasme répond son désir d’enfant, repérer sa place dans la fratrie, remonter sa généalogie, bref… Permettre à Eva à élaborer subjectivement sa position dans cette affaire. Son implication ne peut être qu’inconsciente, donc échapper au champ de la compréhension immédiate. Rappelons que le roman et le film sont des fictions et expriment d’abord la volonté des deux auteurs (deux femmes) de nous raconter une histoire et de nous donner matière à réfléchir.

Lacan a propos d’un double assassinat commis par les deux sœurs Papin a tenté de donner des éléments pour une compréhension de ce crime barbare et hors du commun commis en France en 1923. Expliquer le crime « ce n’est ni le pardonner ni le condamner, ni le punir ni l’accepter. C’est au contraire « l’irréaliser », c’est à dire lui redonner sa dimension imaginaire puis symbolique »7.

  1. SHRIVER Lionel, « Il faut qu’on parle de Kevin », Paris, Belfond, 2006
  2. Massacre du type de celui de Columbine qui s’est produit aux Etats-Unis en 1999 où deux lycéens armés ont pénétré dans l’enceinte de leur lycée et ont abattu 13 personnes sans qu’une explication rationnelle puisse être donné à leurs actes
  3. Interview de Tilda Swinton dans le bonus du dvd
  4. Interview de Lynne Ramsay dans le bonus du dvd
  5. Interview de Ezra Miller dans le bonus du dvd
  6. Pour René Girard il s’agirait plutôt d’une « soif de vengeance » : Lire l’article sur le film « La chasse » sur cinépsy
  7. C’est en ces termes que Roudinesco rend compte de l’analyse que Lacan fait du crime des sœur Papin, commis en 1923, le terme « irréaliser » est emprunté par Lacan au vocabulaire de George Bataille. ROUDINESCO Elisabeth, Histoire de la psychanalyse en France. 2, Paris, Seuil, 1986, page 141. Pour plus d’informations sur le crime des sœurs Papin, lire l’article consacré au film « La cérémonie » de Chabrol sur cinépsy