Un si doux visage

Otto Preminger

Avec Robert Mitchum (Franck), Joan Simmons (Diane), Mona Freeman (la fiancée de Franck)

Noir et blanc - 1952 - DVD

L'intrigue

Diane fait la rencontre de Franck, le conducteur de l’ambulance venu secourir toutes sirènes hurlantes la nouvelle femme de son père, victime d’un mystérieux évanouissement au gaz. Accident, tentative de meurtre ou suicide ? L’affaire n’est pas éclaircie et tous s’empressent de l’oublier. Diane tombe sous le charme de Franck, part à sa poursuite sitôt qu’il repart avec son ambulance. Elle le rattrape, le séduit, l’éloigne de sa fiancée. Elle propose à sa belle-mère d’engager Franck comme chauffeur et lui promet de l’aide pour lui permettre d’ouvrir un garage automobile.

  • Robert Mitchum (Franck), Joan Simmons (Diane),

  • Robert Mitchum

  • Joan Simmons (Diane) et Robert Mitchum (Franck)

  • Robert Mitchum (Franck)

  • Joan Simmons

  • Robert Mitchum (Franck), Joan Simmons (Diane),

  • Jacquette dvd: Un si doux visage

  • Affiche: Un si doux visage

La répétition et la pulsion de mort

« Un si doux visage » est une des plus belles réussites du film noir américain. Howard Hughes, le producteur, a imposé un temps de tournage très court à Preminger qui a su jouer des contraintes pour mener à bien son projet. Le scénario, classique dans la forme suit un cours à la fois rigoureux et non conventionnel qui emprunte à plusieurs registres : l’aventure sentimentale, la chronique sociale, l’intrigue policière, le film de prétoire, pour s’achever par l’exposition d’un véritable exemple clinique, sans jamais se perdre, ni lasser.1

Franck et Diane forment un couple peu crédible. Franck, amateur de courses automobiles, massif, carré et viril, n’a pas grand chose en commun avec la bourgeoise sophistiquée et un peu perchée incarnée par Jean Simmons, si ce n’est qu’entre eux, il n’est question que de désir. La partie qui se joue entre Franck et Diane, car c’est bien de jeu qu’il s’agit, débute par un échange de gifles. Elle se poursuit par une suite de petits riens, un rendez-vous faussement improvisé dans un café, un baiser, de vagues promesses où chaque partenaire joue son coup, ravi de l’effet produit dans le regard de l’autre.

Franck hésite à s’engager dans l’existence morne que lui propose sa prévisible et sage fiancée. Il se laisse entraîner dans cette aventure improbable avec la ferme attention de garder sa future épouse sous le coude. Diane, elle, sait à qui elle a affaire et joue un jeu autrement plus sérieux. Guidée par la haine qu’elle nourrit contre sa belle-mère, elle est prête à tout pour la faire disparaître et la supplanter auprès de son père. La partie ne se passe pas comme prévu et le hasard en décide autrement. C’est sa belle-mère et son père qui disparaissent dans le coup monté. Après quelques péripéties, le couple se retrouve seul et innocenté. Franck croit la partie finie. Il affiche cette désinvolture distante des joueurs amateurs qui croient pouvoir quitter la table quand bon leur semble, sans s’apercevoir que le jeu se poursuit sur une autre scène. Franck ne voit rien de la partie de chaise musicale dans laquelle il est engagé. Il a pris la place du père de Diane après la disparition de celui-ci. Comme le possesseur de la lettre volée dans l’analyse que fait Lacan de la nouvelle de Poe dans le séminaire sur le « moi ».2 Diane, en identification avec à sa belle-mère, occupe maintenant sa place et Franck celle du père. Il ne reste plus qu’à rejouer la scène. Quand elle demande à Franck de s’asseoir à ses côtés dans la voiture pour le conduire en ville, elle ne peut que répéter à son insu, la scène que son père et sa belle-mère ont initiée, quelques jours plus tôt. Son geste est fou, certes, mais logique. Franck n’y voit que du feu. Ce n’est pas le hasard ou la folie de Diane qui décident de l’issue de la partie, mais la logique inconsciente et sa répétition.

  1. La présentation de Serge Bromberg dans l’édition française du dvd (Collection RKO Montparnasse édition) explique la genèse du film
  2. JACQUES LACAN, Le moi dans la Théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Paris, Seuil, Coll. Le champ freudien, 1981, Séance 16