Revenge

Susanne Bier

Avec Mikael Persbrandt (Anton le père d’Elias), Trine Dyrholm (Marianne, la mère d’Elias), Markus Rygaard (Elias), Ulrich Thomsen (Claus, le père de Christian), William John Nielsen (Christian)

Couleurs - 2010 - DVD

Où trouver ce film ?

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L'intrigue

Elias et Christian sont deux adolescents dont la vie se complique. Les parents d’Elias se séparent et la mère de Christian vient de décéder d’un cancer. Elias se fait harceler à l’école et Christian prend sa défense et frappe violemment son agresseur. Les deux garçons se lient d’amitié et tente de comprendre et d’inventer le monde qui les entoure… Un monde où la violence est omniprésente, un monde où les pères sont empêchés et absents et les mères toutes puissantes.

  • Markus Rygaard (Elias) et William John Nielsen (Christian)

  • Markus Rygaard (Elias) et Trine Dyrholm (Marianne, la mère d’Elias)

  • Trine Dyrholm (Marianne, la mère d’Elias)

  • Mikael Persbrandt (Anton le père d’Elias)

  • (le frère d'Elias), Mikael Persbrandt (Anton le père d’Elias) et Markus Rygaard (Elias).

  • Ulrich Thomsen (Claus, le père de Christian) et William John Nielsen (Christian)

  • Mikael Persbrandt (Anton le père d’Elias) et Trine Dyrholm (Marianne, la mère d’Elias),

  • Markus Rygaard (Elias) et William John Nielsen (Christian)

  • Susanne Bier

  • Susanne Bier

  • Affiche Revenge

Les mères « toutes »

Susanne Bier est une cinéaste danoise, habituée des festivals internationaux et spécialiste des films psychologiques à thèse. Avec « Revenge », elle aborde le sujet de la violence et de la haine adolescente. Pour Susanne Bier : « Le film suscite une réflexion sur le fondement même de notre propre civilisation, dite « développée » et « avancée » : est-ce un modèle pour accéder à un monde meilleur, ou engendre-t-elle sous la surface des comportements anarchiques, et partant, la confusion ? Est-on immunisé contre le chaos ? Ou sommes-nous sur le point de sombrer dans le désordre ? »1. Le début du film témoigne d’une originalité, d’une audace inédite et dérangeante. Le film décrit la naissance de l’amitié entre deux garçons à l’occasion d’un règlement de compte d’une extrême brutalité. Bier décrit la manière dont l’amitié s’organise sur la base de l’exclusion et la haine de l‘autre. Elle raconte les errances de deux adolescents en bute à l’apprentissage d’un rapport possible à la loi et à sa transgression. Elle observe l’impossible acceptation de la dissymétrie des places et des rôles des parents et montre des pères impuissants et castrés, ravalés au rang d’auxiliaire maternelle (ou de fils soumis) et des mères intransigeantes, toutes puissantes et mortifères. Mais Bier et son scénariste, Anders Thomas Jensen, ont reculé devant ce que leur démonstration mettait à jour. Le film se complexifie inutilement et s’évanouit au fur et à mesure de son développement. Est-ce parce que le paradoxe de la violence et de ses origines est impossible à soutenir pour les consommateurs/spectateurs occidentaux que nous sommes ? Est-ce de la peur du politiquement incorrect ? Est-ce la conséquence du formatage obligatoire pour les nécessités du marché américain ? Dommage… Bier avait le talent, le savoir faire et les moyens de traiter ce sujet qui reste terriblement actuel.
Reste quelques scènes exemplaires et troublantes à rebours des clichés habituels, comme celle où Anton, débarque dans le garage d’un abruti raciste et accepte de se laisser casser la figure sous les yeux de ses enfants pour leur démontrer la justesse de ses idées humanistes et bien pensantes. Du jamais vu au cinéma…

Document :
Lorenz, est l’un des inventeurs de l’éthologie moderne (l’étude du comportement animal). Il a été critiqué violemment par les psychologues behavioristes américains, ancêtres des psychologues cognitivistes d’aujourd’hui, pour qui l’éducation et la psychologie repose sur des bases « objectives » et sont avant tout affaire de conditionnement et d’apprentissage. Dans l’extrait qui suit, tiré d’un ouvrage intitulé « L’agression, Une histoire naturelle du mal », Lorenz rejoint les positions de Freud et Lacan qui critiquent la primeur donnée à la conscience et l’usage que certains philosophes font de la raison qui n’est, selon eux, que l’habillage imaginaire de pulsions qui lui préexistent : « Une opinion très répandue que, d’ailleurs partage certains philosophes contemporains, veut que tous les types de comportements servant au bien-être de la communauté soient dictées par un pensée rationnelle, spécifiquement humaine. Non seulement cette opinion est fausse, mais c’est le contraire qui est vrai. Si l’homme n’avait pas été si richement pourvu d’instincts sociaux, il n’aurait jamais pu s’élever au-dessus du monde animal. Toutes les facultés spécifiquement humaines : Le don du langage, la tradition, la responsabilité morale, n’ont pu se développer que chez un être vivant déjà en société bien organisé, avant les lueurs de la pensée conceptuelle (…). D’après ce que nous enseigne Emmanuel Kant sur la morale, la raison (Vernunft) humaine, seule, fournit l’impératif catégorique « Tu dois », comme réponse à la question que l’être raisonnable se pose à soi-même au sujet des conséquences possibles de tel ou tel acte. (…) Pour Kant il va de soi qu’un être raisonnable ne peut pas souhaiter faire du mal à un autre être raisonnable. (…) On croit difficilement qu’un homme s’abstiendrait de tel ou tel acte vers lequel le pousse une inclination naturelle, uniquement parce qu’il se rendrait compte que l’accomplissement de cet acte implique une contradiction logique. Pour réagir ainsi, il faudrait être un professeur allemand encore plus dans les nuages et admirant la raison avec plus d’ardeur que Kant. En vérité, la compréhension la plus rationnelle des conséquences d’un acte (…) n’aboutirait jamais à un impératif ou une interdiction si quelque source d’énergie émotionnelle, autrement dit instinctive, ne leur fournissait une motivation. Comme la conduite d’une voiture moderne, la morale responsable tire l’énergie nécessaire au contrôle du comportement humain, des mêmes forces primaires qu’elle est destinée à régler. Si l’homme était un être purement rationnel, s’il n’avait pas son héritage animal d’instinct, il ne serait certainement pas un ange, tout au contraire.
C’est partout l’appréciation irraisonnée, affective des valeurs qui ajoutent le signe plus ou moins à la réponse qu’on donne à l’auto-interrogation catégorique de Kant, et en fait, soit un impératif, soit un véto. A elle seule, la raison ne peut tout au plus inventer les moyens pour réaliser des buts autrement fixés, elle ne peut nous donner ni des buts, ni des ordres. Abandonnée à elle-même, la raison ressemble à un ordinateur à qui on n’aurait donné aucune information importante. Bien que toutes les opérations puissent être logiquement justes, ce ne sont là qu’un merveilleux système de rouages sans moteur pour le faire fonctionner. La force motrice qui l’actionnerait provient de mécanisme de comportements instinctifs bien plus anciens que la raison, et qui ne sont pas directement accessibles à l’auto-observation rationnelle. C’est eux qui sont la source de l’amour, de l’amitié, de toute chaleur affective, de l’appréciation de la beauté, du besoin de création artistique, de l’insatiable curiosité aspirant à la connaissance scientifique. La dynamique de ces couches les plus profondes de la personnalité ne diffère pas beaucoup des instincts des animaux. Mais sur leur base, la culture humaine a édifié toute cette énorme superstructure des normes et des rites sociaux dont la fonction est si étroitement analogue à celle de la ritualisation phylogénétique
»2.

  1. Extrait du Dossier de presse consultable sur : http://www.lepublicsystemecinema.fr/wp-content/uploads/2011/07/REVENGE-Dossier-de-presse.pdf
  2. Konrad LORENZ, L’agression, Paris, Flammarion, Coll Champs, 1969, p 337, 338