Magic

Richard Attenborough

Avec Anthony Hopkins (Corky), Ann-Margret (Peggy), Burgesse Meredith (Ben Greene), Ed Lauter (Duke)

Couleurs - 1978 - DVD

Où trouver ce film ?

http://www.priceminister.com/mfp/205542/magic-richard-attenborough-dvd#pid=52391402

L'intrigue

Corky est magicien et ventriloque. Il devient célèbre en faisant des tours de magie avec « Fats », la marionnette qu’il manipule sur scène et qui est à la fois son complice et un double de lui-même. « Fats » dit tout haut les pensées secrètes de Gorky et fait rire les spectateurs. A un moment critique de sa carrière, Corky fait un break et se retire à la campagne pour retrouver Peggy, l’amour de sa jeunesse. Progressivement, Fats prend l’ascendant sur son maître et lui dicte sa conduite.

  • Fats et Anthony Hopkins (Corky)

  • Fats et Anthony Hopkins (Corky)

  • Meredith (Ben Greene) et Anthony Hopkins (Corky)

  • Ed Lauter (Duke ), Anthony Hopkins (Corky) et Ann-Margret (Peggy),

  • Anthony Hopkins (Corky) et Fats

  • Anthony Hopkins (Corky) et Fats

  • Ed Lauter (Duke )

  • Ed Lauter (Duke ) et Anthony Hopkins (Corky)

  • Fats et Anthony Hopkins (Corky)

  • Ann-Margret (Peggy) et Anthony Hopkins (Corky)

  • Anthony Hopkins (Corky)

  • Ann-Margret (Peggy)

Le schizophrène et son double

« Magic » est l’adaptation du roman éponyme de William Goldman1 qui lui même, a repris et développé le thème d’un des films courts réalisés en Angleterre par Alberto Cavalcanti en 1945 et regroupés sous le titre : « Au cœur de la nuit »2. Il s’agit de l’histoire d’une marionnette qui prend le pouvoir sur le magicien ventriloque qui l’anime. « Magic » est un film surprenant et ingénieux qui utilise comme ressort narratif, le moment étrange de basculement dans la schizophrénie. Cet instant toujours sidérant où le dialogue intérieur entre le sujet et sa conscience, qui constitue le fondement même de notre humaine condition (on se parle sans cesse à soi-même), cesse d’être ambiguë et devient une réalité tangible et observable par le sujet. Il s’agit de ce moment de dédoublement où le « moi », séparé du sujet, apparaît dans un rapport à deux (sans le troisième terme qui est ce que Lacan appelle « A », le grand A), et dialogue avec lui sous les traits du double ou de l’alter ego. Ce moment de surgissement de la « dinguerie » a été abondamment utilisé au cinéma par la suite et c’est même un des fonds de commerce du genre que l’on appelle « film fantastique ». La mise en scène de Attenborough, classique et sans esbroufe, n’a pas trop vieilli pour un film de la fin des années soixante-dix. Lourcelles écrit à propos de « Magic » : « Le film suit avec une fascinante minutie le processus par lequel la marionnette, devenue l’alter ego, la caricature monstrueuse de son maître, exerce sur lui une emprise de plus en plus étouffante. Cette emprise s’exerce surtout – et c’est là l’aspect original de l’histoire – par la parole. La marionnette prend la parole et la confisque à son profit ».3. L’influence de « Fats » (c’est le nom de la marionnette) va crescendo. Elle plaisante avec Corky, le conseille et lui vient en aide, puis lui commandite plusieurs meurtres et finit par entrer en rivalité avec lui. A la toute fin du processus, Fats fait chanter Corky et par un mouvement de retournement dialectique, fait de son maître sa propre marionnette. Dans un geste ultime, le magicien se suicide pour échapper à ce double tyrannique.

Le dvd est difficile à trouver, vivement une réédition.

Documents

Lacan, dans le séminaire sur « le moi », définit la place du fou par rapport au « moi ». « Le « moi » étant le « terme utilisé en philosophie et en psychologie pour désigner la personne humaine en tant qu’elle est consciente d’elle-même et objet de la pensée. » Pour Freud il désigne « le siège de la conscience », puis « une instance psychique » au même titre de le « ça » et le « surmoi ».4.
« Que savons nous concernant le moi. Le moi est-il réel, est-il une lune ou est-il une construction imaginaire ? Nous partons de l’idée, que je vous ai serinée depuis longtemps, qu’il n’y a pas moyen de saisir quoi que ce soit de la dialectique analytique si nous ne posons pas que le moi est une construction imaginaire. Cela ne lui retire rien, à ce pauvre moi, le fait qu’il soit imaginaire – je dirais même que c’est ce qu’il a de bien. S’il n’était pas imaginaire, nous ne serions pas des hommes, nous serions des lunes. Ce qui ne veut pas dire qu’il suffit que nous ayons ce moi imaginaire pour être des hommes. Nous pouvons être encore cette chose intermédiaire qui s’appelle un fou. Un fou c’est justement celui qui adhère à cet imaginaire, purement et simplement »5.

Lire l’article de Claire Harmand sur la schizophrénie disponible librement sur internet à l’adresse suivante :
(Si vous êtes intéressé, imprimez l’article, car il n’est plus accessible après une première lecture. Dans ce cas vous pouvez-y accéder à partir d’un autre ordinateur.)
http://www.champlacanienfrance.net/IMG/pdf/Mensuel27_CHarmand.pdf

  1. William Goldman a écrit, entre autre, le roman et le scénario de : « Marathon man » (1976) ainsi que le scénario de « Les hommes du président » (1976)
  2. « Au coeur de la nuit » est disponible en dvd, dans la collection « Cinéma de quartier », éditeur : Canal+ vidéo
  3. LOURCELLES, Jacques, dictionnaire du cinéma, Paris, Robert Laffont, Coll. Bouquin, 1992, Pages 873 et 874
  4. ROUDINESCO Elisabeth et PLON Michel, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 1997, page 694
  5. LACAN Jacques, Le moi dans le théorie de Freud et dans la technique…, Paris, Seuil, Coll. Le champ freudien, 1978, page 284