Les passagers

Rodrigo Garcia

Avec Anne Hathaway (Claire), Patrick Wilson (Eric), André Braugher (Perry, le supérieur)

Couleurs - 2009 - DVD

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L'intrigue

Après le crash d’un avion de ligne, le docteur Claire Summers, jeune psychologue fraichement diplômée, est chargée du soutien psychologique des rescapés. Pendant les séances de thérapie de groupe, elle découvre que le récit des survivants ne correspond pas à la thèse officielle de l’accident avancée par la compagnie aérienne. Claire se rend chez Eric, un rescapé qui ne vient pas aux séances de thérapie de groupe. Eric refuse d’être considéré comme un patient et drague ouvertement la psychologue qui ne reste pas longtemps insensible à son charme.

  • Patrick Wilson (Eric)

  • André Braugher (Perry, le supérieur)

  • Anne Hathaway (Claire) et Patrick Wilson (Eric)

  • Patrick Wilson (Eric) et Anne Hathaway (Claire)

  • Anne Hathaway (Claire) et Patrick Wilson (Eric)

  • Anne Hathaway (Claire)

  • David Morse (Arkin)

  • Anne Hathaway (Claire)

  • Patrick Wilson (Eric)

  • Patrick Wilson (Eric) et Anne Hathaway (Claire)

  • Anne Hathaway (Claire) et Patrick Wilson (Eric)

  • Affiche - Les Passagers

  • DVD - Les passagers

  • Rodrigo Garcia

Rêve éveillé ou délire ?

La critique française a été impitoyable avec « Les passagers ». Le film du fils de l’écrivain Gabriel Garcia Marquez ne mérite pas cet éreintement. Les mésaventures de cette jeune psychologue un peu nunuche et très appliquée dans son travail, dont la technique et les règles « éthiques » qui lui ont été enseignées doctement à l’université volent en éclats dès son premier job, mérite plus de considération. Sans doute le film est canadien et il est produit par des indépendants qui ne disposaient par des bons relais dans la presse française.
Le scénario, écrit par Ronie Christensen, pousse plus loin le principe narratif qui sert de base à la plupart des films fantastiques, celui qui consiste à émettre un doute sur la « réalité » du récit fait au spectateur, qu’il s’agisse de raconter un délire, comme dans « L’autre » (1972) de Robert Mulligan1, ou de rendre tangible la paranoïa comme dans « L’invasion des profanateurs » (1956) de Don Siegel. Cette fois-ci, la mise en cause de la « réalité » ne se fait pas en utilisant le ressort de la psychose, mais celui du rêve ou plus exactement de la rêverie diurne. Quelques minutes avant la fin du film, on découvre que l’histoire que l’on a nous a racontée n’est qu’une élucubration, une invention, une rêverie éveillée qui s’est élaborée, voir « précipitée », pendant les derniers instants de la vie de Claire, c’est-à-dire peu de temps avant que l’avion qui la transporte ne s’écrase au sol. Le récit n’est n’est que l’ultime tentative imaginaire pour donner une cohérence au moment de folie partagé entre les passagers avant le crash de l’avion et son anéantissement. Pendant ces quelques secondes de panique, Claire se tourne vers son voisin de droite, se blottit dans ses bras et construit son rêve… On dit souvent que celui qui va mourir voit défiler devant ses yeux sa vie entière. Au moment de mourir, Claire, imagine sa vie qui continue au-delà de la mort annoncé. Ce qui est singulier dans le cas de Claire, c’est que son rêve ultime a pour thème principal la thérapie qu’elle va devoir mener avec les survivants du crash qu’elle est en train de vivre. Elle va convoquer dans cette thérapie, ses compagnons de vols, le pilote de l’avion, l’hôtesse et son voisin de siège dans des rôles qu’elle va imaginer pour eux.
Les questions que se posent Claire pendant sa rêverie concerne sa pratique thérapeutique : Quel rapport entretien le thérapie avec la réalité ? Que devient la réalité quand le cadre vole en éclat ? Que faire des affects des patients quand ils débordent le moment des séances ? Que faire de l’amour que nous porte nos patients ? Les réponses qu’apporte Claire à ces interrogations ne sont pas très convaincantes, mais elle a le mérite de poser les bonnes questions.
Ronie Christensen, le scénariste du film donne une information personnelle et qui porte un éclairage original sur le film de Garcia: « J’ai eu l’idée de cette histoire peu avant la naissance de mon premier enfant. J’étais terrorisé à l’idée de devenir père, à l’idée de ce moment qui allait changer ma vie pour toujours »2. Le scénariste terrorisé par la menace de revivre sa propre mise au monde au moment de la naissance de son fils et qui invente un film sur le crash d’un avion de ligne… Une catastrophe aérienne comme métaphore du « traumatisme de la naissance ». L’idée aurait plu à Otto Rank…3

Lire cet article de Jacques Letondal sur « Le traumatisme de la naissance et l’état de victime » sur : http://www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2008-4-page-40.htm

  1. Lire la critique de dans cinépsy
  2. Fiche film du site Allociné sur « les passagers »
  3. Otto Rank est un psychanalyste autrichien et très proche de Freud qui publie en 1924 « Traumatisme de la naissance » un livre dans lequel il soutient « l’idée qu’à la naissance tout être humain subit un traumatisme majeur qu’il chercher ensuite à surmonter en aspirant inconsciemment à retourner dans l’utérus maternel. (…) Il fait de la séparation biologique d’avec la mère le prototype de l’angoisse psychique » (Extrait de l’article sur Rank de Roudinesco et Plon dans le dictionnaire de la psychanalyse). Rank ne faisait qu’anticiper les thèses de Mélanie Klein reprise par Lacan. Il s’opposa à Jones et Abraham et fut désavoué par Freud. Il mourut quelques mois après Freud.