Les enfants de la rose verte

Bernard Richard

Avec Les enfants, les parents, les soignants de la rose verte

Couleurs - 2014 - DVD

Où trouver ce film ?

http://lesenfantsdelaroseverte.lecarnetrouge.fr

L'intrigue

Bernard Richard a filmé à la « Rose verte », un hôpital de jour de pédopsychiatrie à Alès qui accueille des jeunes autistes, il montre les enfants et les soignants dans leurs activités thérapeutiques et éducatives et recueille le témoignage des parents.

  • Extrait vidéo du film Les enfants de la rose verte

Plaidoyer pour une approche plus humaine des troubles autistiques

A « la Rose Verte », les jeunes patients sont l’objet de toutes les attentions. Ils sont accueillis, guidés et impliqués tout au long de la journée par des psy, des médecins et des intervenants dans toutes sortes d’activités éducatives et thérapeutiques. On est loin de la vision caricaturale du psy verbeux, froid, distant ou de celle du médecin docte, hautain et pressé. Bernard Richard montre une équipe de soignants au travail qui déploie des trésors d’imagination et qui lutte et s’organise avec détermination et humilité contre ce que l’on appelle aujourd’hui les troubles du spectre autistique. Ces soignants sont préoccupés avant tout d’établir un lien et une relation avec de jeunes autistes. Jacques Hochmann  précise: « Dire que ce qui soigne, c’est la relation, ça ne veut pas dire qu’on est face à face pendant 10 minutes ou deux heures, ça veut dire qu’il se passe quelque chose entre nous »1. Marie Allione ajoute : « En fait, on s’intéresse à la vie intérieure de l’enfant, mais on ne s’intéresse pas qu’à cela… On s’intéresse aussi à ses capacités d’apprentissage, à ce dont il a besoin pour l’aider à avoir une vie sociale plus aisée… Et à ce que les comportements soient moins gênants pour l’entourage ».2.
« Les enfants de la Rose Verte » est un plaidoyer pour la psychothérapie institutionnelle et pour la défense du système de soins français attaqué et menacé par des groupes de pression puissants qui, sous prétexte de contester la psychanalyse, cherchent à imposer des méthodes thérapeutiques d’origine américaine, basées sur le conditionnement ; méthodes qui ne sont pas sans intérêt, mais qu’il importe de discuter.
Le film de Bernard Richard est bienvenu. Depuis plusieurs années, les soignants, les psys, les médecins qui quotidiennement travaillent dans le cadre du service public, déstabilisés et sonnés par l’agression dont ils sont victimes, attendaient une occasion pour réagir. Le film de Bernard Richard ainsi que les livres récents de Claude et Marie Allione3 et celui de Graciela Crespin4 arrivent au bon moment. Ils font entendre une autre voix que celle relayée par les sites internet consacrés à l’autisme, la presse et certains politiques en charge de la santé.
Le film de Bernard Richard, avec une grande rigueur formelle, (pas de voix off, ni d’utilisation de la différence à des fins spectaculaires), nous montre le tragique et le grandiose du travail de ces soignants qui luttent jour après jour contre l’indifférenciation, la confusion et la nuit pour qu’émerge une parole, se dessine un sourire et s’esquisse un geste vers l’autre… Bref pour établir un lien. La mise en scène de Bernard Richard est à la hauteur de son sujet, respectueuse et engagée.

Documents :

Graciela Crespin : « Pour moi, les pathologies autistiques ne sont pas des troubles du lien, ce sont des troubles de l’absence de lien. (…) L’autisme est un processus. Les troubles autistiques sont une réponse au non-établissement du lien primordial. »5. D’où vient ce trouble ? A-t-il une origine neurologique, génétique ou psychique ? « Ce dilemme est encore aujourd’hui à l’origine de véritables guerres qui opposent les tenants d’une conception neuro-développementale des troubles autistiques, en ce que, les considérant comme un déficit irréversible, ils estiment qu’ils ne devraient être traités que par des approches rééducatives spécifiques, et ceux qui considèrent que ces troubles, même s’ils comportent un déficit, et quelles que soient ses causes étiologiques, éventuellement d’origine génétique ou neuro-développementale, ont une dimension psychique et relationnelle, et qu’ils relèvent non seulement d’une rééducation, mais aussi d’un soin.
Aujourd’hui, l’existence de facteurs génétiques dans le déclenchement de troubles du spectre autistique est désormais admise, en particulier suite aux études sur les jumeaux et les fratries. (…) Par conséquent, et jusqu’à nouvel ordre, les réponses thérapeutiques, bien que d’obédiences diverses, relèvent toutes d’une modification de la réponse environnementale. »6. Certaines associations de parents et les psychologues comportementalistes, très hostiles à une approche thérapeutique (d’inspiration psychanalytique) souhaitent que les thérapies ne se préoccupent que de « rééducation ». Ils suivent en cela la pente prise par la psychiatrie contemporaine fortement influencée par une manière de traiter les symptômes venue des Etats-Unis et qui privilégie leur observation, leur classement et leur traitement dans le but unique de les réduire et sans se préoccuper de leur étiologie. Cette forme de « médicalisation » des troubles ignore la composante psychique, et dans le cas de l’autisme souhaite faire basculer les prises en charge dans le champ du handicap. L’autre conception, d’inspiration psychanalytique repose sur la recherche et d’élaboration de la signification du symptôme (« le symptôme parle ! ») et de sa cause (différente de son origine) par le biais d’un processus de subjectivation et par la parole dans le cadre de la relation entre deux sujets, l’enfant autiste et le thérapeute. Pour le dire plus simplement cette approche tient compte du fait que les autistes sont avant tout des être humains et non des « tarés » à re-dresser, des « déviants » a faire rentrer dans la norme ou des machines à reprogrammer.
A propos du rapport entre la psychanalyse et le traitement de l’autisme, Grasiela Crespin a « le mérite de dire très clairement que ni ce dispositif, ni cette technique ne s’appliquent au soins des enfants autistes » 7. Claude et Marie Allione précise à propos de son travail avec les jeunes autistes : « Ce n’est pas l’attitude psychanalytique classique de l’attention flottante qui est ici pratiquée. Au contraire, le thérapeute va chercher l’enfant autiste là où sa pathologie l’a retranché, et cherche à l’accompagner sur un chemin qu’il sécurise vers l’échange langagier habituel aux humains. Il faut pour cela un engagement total (…) La thérapie est active. Au début il s’agit principalement d’un travail de réanimation psychique. Dans de nombreuses situations, c’est l’émerveillement actif du thérapeute devant le moindre petit signe que l’enfant manifeste qui peut capter le regard de l’enfant pour l’amener petit à petit au plaisir de la rencontre. C’est la dynamique de la joie qui emporte, souvent, l’intérêt de l’enfant »8
Les polémiques restent vives, les partis pris idéologiques tranchés et les enjeux (financiers et politiques) sont considérables, mais il est peut être temps de reconnaître que ce sont d’abord les enfants autistes et leurs parents qui sont victimes de ces affrontements. A la lecture des livres de Claude et Marie Alionne et de Grasiela Crespin, il semble que s’ouvre une nouvelle période. Sans nier les différences entre les approches (les thérapies comportementalistes et celles de la psychothérapie institutionnelles sont radicalement différentes), ni se faire l’apôtre d’un oecuménisme et d’une indistinction dont les effets seraient ravageurs. Jacques Hochmann plaide, toujours et encore, pour « que s’établisse un lien et que s’instaure une parole… », mais cette fois entre les thérapeutes… : « Conscientes, depuis longtemps, de l’importance de l’intégration scolaire, de l’intérêt à donner aux parents un diagnostique afin d’atténuer leur sentiment d’incompréhension devant l’étrangeté de leur enfant, de la nécessité d’une collaboration et d’une communication claire avec eux, les équipes de pédopsychiatrie se forment de plus en plus aux méthodes éducatives structurées, à la communication assistée par pictogramme. Tenant compte des particularités de la pensée autistique, elles savent, elles aussi, structurer le temps de manière prévisible et aménager l’environnement, en évitant les excès de stimulation. De l’autre côté, les méthodes éducatives fondées sur le conditionnement opérant, après avoir connu, au départ, quelques dérives éthiquement discutables, comme l’utilisation des stimulus aversifs (les chocs électriques, les coups, l’isolement, les remontrances verbales allant jusqu’à de véritables hurlements qui terrorisaient les enfants), ont assoupli leurs protocoles. Elles tiennent davantage compte des modifications de l’enfant, de la relation établie avec lui. Elles visent moins à modeler « l’élève » en fonction des attentes de l’entourage, et se basent d’avantage sur l’explorations de ses désirs. 
Malheureusement, l’esprit sectaire de part et d’autre, plus actif aujourd’hui d’un côté (le comportementalisme) que de de l’autre, empêche encore ces rapprochements dont les parents comme les enfants pourraient n’attendre que des bénéfices. L’autisme est un phénomène contagieux. Ceux qui sont confrontés à une personne autiste, parents, soignants, éducateurs, jusqu’aux administrateurs et aux politiques qui se saisissent du problème, s’imaginent facilement seuls détenteurs de la bonne compréhension et des bonnes solutions. Ils se barricadent alors dans un système et se ferment aux autres conceptions. D’où encore une fois, par-delà ces ruptures de contact, l’urgence d’un travail de mise en lien de rétablissement d’un dialogue ».9

« Les enfants de la rose verte » sort en salle le 24 septembre.

  1. Extrait de l’intervention de Jacques Hochmann dans le film : Jacques Hochmann est psychiatre, psychanalyste et professeur émérite à Lyon 1
  2. Extrait de l’intervention de Marie Allione dans le film : Marie Allione est pédopsychiatre et psychanalyste et responsable à la Rose Verte
  3. MARIE et CLAUDE ALLIONE, « Autisme Donner la parole aux parents » Les liens qui Libèrent, 2013
  4. GRACIELA C. CRESPIN, « Traitement des troubles du spectre autistique », Toulouse, Editions Erès, Collection PREAU, 2013
  5. Extrait de l’intervention de Graciela Crespin  dans le film. Graciela Crespin est psychanalyste, superviseur de l’équipe de la Rose Verte et vice présidente de PREAUT
  6. GRACIELA C. CRESPIN, Traitement des troubles du spectre autistique, Toulouse, Editions Erès, Collection PREAU, 2013, Pages 21 et 22
  7. JACQUES HOCHMANN, préface du livre de GRACIELA C. CRESPIN, « Traitement des troubles du spectre autistique », Toulouse, Editions Erès, Collection PREAU, 2013, page 8
  8. MARIE et CLAUDE ALLIONE, « Autisme Donner la parole aux parents » Les liens qui libère, 2013, pages 83 et 84
  9. JACQUES HOCHMANN, introduction du livre de MARIE et CLAUDE ALLIONE, « Autisme Donner la parole aux parents » Les liens qui libère, 2013, pages 51 et 52