Les dernières vacances

Roger Leenhardt

Avec Odile Versois (Juliette), Michel François (Augustin), Renée Devillers (La mère), Pierre Dux (le père), Jean Varas (l'agent immobilier), Christiane Barry (la tante parisienne)

Noir et blanc - 1948 - Non disponible en DVD ou cassette

L'intrigue

Augustin est interrompu par son professeur alors qu’il rêve de ses dernières vacances au lieu de préparer son « bachot »… Pendant quelques mois, Augustin a joué avec Juliette, la cousine dont il est amoureux, dans la propriété où la famille se retrouve chaque année. Ensemble, ils ont tenté de déjouer le projet de vente du domaine ourdi par les adultes. Ils ont lamentablement échoué. L’été est terminé et la jeunesse s’achève.

  • Michel François (Augustin) et Odile Versoix (Juliette, sa cousine)

  • Christiane Barry (Tante Odette, la parisienne) et Pierre Dux (le père)

  • Odile Versoix (Juliette et Jean Varas (Pierre Gabard)

  • Odile Versoix (Juliette)

  • Odile Versoix (Juliette)

  • Odile Versoix (Juliette)

  • Les yeux ouverts de Roger Leenhardt

  • Michel François (Augustin) et Odile Versoix (Juliette, sa cousine)

  • Avant scène: Les dernières vacances

“Il faut que disparaissent les vieilles maisons et les trop jeunes amours”.

(Le titre de cet article est extrait du commentaire lu à la fin du film.)

A la fin des années quarante, Leenhardt est un documentariste reconnu et apprécié. Il s’intéresse à la fiction et écrit une histoire d’amours adolescents sur fond de vente de propriété familiale. Ne trouvant personne pour mettre en scène son scénario, il décide de réaliser le film lui-même.1
Avec « Les dernière vacances », Leenhardt brosse la chronique d’une famille d’avant-guerre confrontée au temps qui s’en va et au passage de génération. Le film ne sera pas un succès public, mais marquera une date dans le cinéma français. Le regard que Leenhardt porte sur le monde tranche d’avec celui de Duvivier et Carné, les réalisateurs en vogue à l’époque. Il propose une alternative au « réalisme poétique », le genre dominant et étouffant qui triomphe sur les écrans français entre 1930 et 1950 caractérisé une vision romantique, mais noire, tragique, désespérée et pour finir sordide de l’existence.2 Leenhardt, à la suite de Renoir, mais dans un style très différent, démontre qu’une autre vision du cinéma est possible et propose l’ébauche de l’esthétique qui sera celle de la Nouvelle Vague.3
Comme beaucoup de cinéastes qui viennent du documentaire, il privilégie le regard sur la réalité et se méfie de l’effet. Il découpe peu les scènes dont il conserve la dynamique, la vitalité et les aspérités. « Les dernières vacances » est d’abord un film de vacances, c’est à dire un film joyeux, gai, vivant qui marque le début d’une réhabilitation de la jeunesse dans le cinéma. En observateur attentif et lettré, Leenhardt montre la mutation en cours dans les mentalités. Il se lance dans une véritable analyse sociologique et historique des évolutions de la famille et de ses valeurs. La scène où chaque génération montre aux autres la musique et les danses de son époque est caractéristique de sa manière. Ce sont les échanges et les dialogues entre les générations qui révèlent et constituent la famille. Nous sommes en 1948, bien avant le carrefour des années 60, qui mettra définitivement l’individu au premier plan. Après 68, la famille ne sera alors plus regardée au cinéma, que comme un obstacle à l’expression de la liberté individuelle, c’est-à-dire le symbole de l’ordre et de la tradition à subvertir. Le « film de famille » deviendra « un film choral » où chacun exprime sa différence, où chaque individu trouve son identité dans l’affirmation de sa particularité contre ses aînés et dans la rupture.
L’aventure de Leenhardt au cinéma a rapidement tourné court. Il réalise en 1962 un autre long métrage ambitieux,  » Le rendez vous de minuit «  qui n’eu aucun succès. Leenhardt s’est ensuite brouillé avec Godard et Rivette au moment au Malraux a démissionné Langlois de la présidence technique de le Cinémathèque Française pour nommer un de ses proches.4 Depuis, Leenhardt est lentement tombé dans l’oubli. C’est un esprit indépendant qui n’a cessé de faire entendre sa voix et qui n’a jamais prêté allégeance à aucune mode. C’est un Protestant du sud, un humaniste, un progressiste qui défend la mesure, le dialogue et qui place le respect de l’individu avant celui de l’ordre, de la morale et de la tradition. « En ce qui concerne mon œuvre, si j’ose employer ce mot, je dirai que je suis protestant par un certain mezzo voce, un goût de la nuance préférée à la couleur et à l’éclat. Ceci me condamne un peu, aujourd’hui où la jeunesse préfère un art agressif et baroque. Je me console en me disant avec Chardonne : « Il est rare que l’outrance dure longtemps ». Ce Protestant Charentais m’a dit un jour que son goût de la nuance était si profond qu’il le rendait intraduisible, et lui interdisait une audience internationale, mais qu’il lui suffisait d’être aimé par quelques lettrés français ».5 A ce jour, « Les dernières vacances » de Roger Leenhardt n’ont jamais été édité en cassettes ou en dvd.

  1. LEENHARDT Roger, Les yeux ouverts : Entretiens avec Jean Lacouture. Paris, Edition du Seuil, coll. Traversée du siècle, 1979, page 169
  2. Lire les articles sur « Panique » de Duvivier (1946), « Voici le temps des assassins » de Duvivier (1955) et « Le sang à la tête » de Grangier (1956) sur le site de cinépsy.
  3. Leenhardt, était critique de cinéma avant d’être cinéastes. Il est le maître de Bazin et donc par filiation, à l’origine de l’aventure des Cahiers du cinéma.
  4. LEENHARDT Roger, Les yeux ouverts : Entretiens avec Jean Lacouture. Paris, Edition du Seuil, coll. Traveversée du siècle, 1979, page 9 et 10.
  5. LEENHARDT Roger, Les yeux ouverts : Entretiens avec Jean Lacouture. Paris, Edition du Seuil, Coll. Traversée du siècle, 1979, page 39