Le visage

Ingmar Bergman

Avec Max von Sydow (Vogler), Gunnar Björnstrand (Vergérus), Ingrid Thulin, Bibi Andersson, Liv Ulmann

Noir et blanc - 1958 - DVD

L'intrigue

Une troupe de forains, conduite par un magnétiseur, Vogler, est arrêtée par le préfet d’une ville de province. Volgler doit faire la démonstration de ses talents devant les notables de la ville. Parmi eux, Vergérus, un médecin qui ne croit pas à l’irrationnel. Il s’affronte à Vogler qu’il méprise et jalouse.

  • Max von Sydow (Vogler)

  • Gunnar Björnstrand (Vergérus) et Ingrid Thulin (Manda)

  • Max von Sydow (Vogler) et Gunnar Björnstrand (Vergérus)

  • Ingrid Thulin (Manda)

  • Max von Sydow (Vogler)

  • Affiche: Le visage

  • Jacquette dvd: Le visage

L’occultisme selon Bergman

« Le visage » est un film de la première période de Bergman, celle qui précède la rupture de « Persona » (1965). Ce film de facture classique traite d’un sujet qui l’est moins : L’occultisme. Le héros, Vogler, pratique l’hypnose, il exerce « la médecine en appliquant les méthodes discutables du docteur Mesmer », lointain ancêtre de la psychanalyse. Mais pour Vergérus, médecin rationaliste, Volger n’est « qu’un illusionniste qui fait des tours de passe-passe ». Le duel entre les deux hommes est sans pitié. Il tourne à l’avantage de Vogler qui ne réussit pas à convaincre ni son public, ni le spectateur. L’occultisme selon Bergman est ramené au niveau de la magie. Il s’agit de manipulation, d’escamotage, de jeux de miroir, et d’écran de fumée. Mais Bergman qui ne fait pas une thèse réussit à mener son récit avec brio en lui conservant une inquiétante étrangeté.

Bergman est resté curieux et préoccupé par la magie et les phénomènes occultes jusqu’à la fin de sa vie. Dans le livre d’entretiens réalisés avec Assayas et Björkman, il raconte une étrange séance de spiritisme pendant laquelle un médium lui avait prédit une catastrophe quelques mois avant son exil forcé de Suède à la suite d’une sombre affaire de fraude fiscale.1

Document

Extrait : Conversation avec Bergman, Olivier ASSAYAS et Stig BJÖRKMAN, Paris, Seuil, Coll. Cahier du cinéma, 1990, page 76

« Nous étions un cercle d’amis et nous avions plaisir à nous réunir chez Bibi Andersson. Elle avait une grande maison, nous nous retrouvions tous les deux mois, six fois par an. Une fois, nous avons décidé de faire venir un médium parce qu’on avait beaucoup parlé de spiritisme. Nous étions tous, socialement, d’horizons très différents. (…) Le médium est venu et on a eu une séance. C’était un peu idiot, un peu intéressant aussi et certaines choses se sont produites, impossibles à expliquer. Mais après – le médium était une vieille femme, grosse, toute petite, avec un visage très étrange, je ne l’avais jamais rencontrée – elle m’a pris par le bras et m’a entraîné vers la cuisine, elle m’a dit : « Entrez, Monsieur Bergman », et puis très timide, très polie : « Monsieur Bergman, je ne sais pas si je dois vous le dire, mais j’ai le sentiment que vous voulez savoir, Le temps qu’il vous reste est très court, deux à trois mois, au plus, et vous partirez… Vous quitterez l’existence ». J’étais là debout, je lui ai dit : « Merci beaucoup, très intéressant… » (Rires) Je ne savais pas quoi dire… Ce n’était pas seulement un charlatan, vous savez, il y avait quelque chose de très étrange chez cette femme… (…) Donc, d’une certaine façon… Je ne crois pas l’avoir prise au sérieux… Mais toute de même… C’était intéressant et étrange. Et trois mois plus tard le catastrophe était là et elle a complètement changé mon existence. J’ai tout quitté. »

En 1976, Bergman a été accusé de fraude fiscale, il fait une dépression et s’exile en Allemagne pendant neuf ans. Il sera blanchi de ces accusations de fraudes.2

  1. ASSAYAS Olivier et BJÖRKMAN Stig, Conversation avec Bergman, Paris, Editions Cahier du cinéma, 1990, p 76 et 78
  2. BERGMAN Ingmar, Lanterna magica, Paris, Gallimard, Coll Folio, n° 2238, 1992, p118 à 152