Lacombe Lucien

Louis Malle

Avec Pierre Blaise (Lacombe Lucien), Aurore Clément (France), Holger Lowenadler (le père de France), Thérèse Giehse (la grand-mère)

Couleurs - 1973 - DVD

L'intrigue

En juin 1944, Lacombe Lucien, un jeune paysan du Sud-Ouest, inculte et rustre, veut devenir résistant, n’y parvenant pas il s’engage dans la Gestapo et devient auxiliaire de la police allemande. Par hasard, il rencontre une famille juive cachée à Figeac dans l’attente de jours meilleurs. Lucien est attiré par France, une fille juive de son age.

  • Holger Lowenadler (Albert Horn), Pierre Blaise (Lacombe Lucien) et Aurore Clément (France Horn)

  • Aurore Clément (France Horn)

  • Pierre Blaise (Lacombe Lucien)

  • Pierre Blaise (Lacombe Lucien)

  • Stephane Bouy (Jean Bernard de Voisin) et Aurore Clément (France Horn)

  • Holger Lowenadler (Albert Horn) et Pierre Blaise (Lacombe Lucien)

  • Aurore Clément (France Horn) et Pierre Blaise (Lacombe Lucien)

  • Affiche: Lacombe Lucien

  • Affiche: Lacombe Lucien

  • Pierre Blaise, Aurore Clément et Louis Malle

Lacombe Lucien, un psychopathe exemplaire ?

Deux années après « Le chagrin et la Pitié » (1971), Louis Malle réalise un film de fiction avec la volonté de situer son travail dans le prolongement du film d’Ophuls. « Lacombe Lucien » raconte d’une manière minutieuse et romancée la dérive d’un personnage perdu. Le film fait partie de ceux qui accompagnent le mouvement de découverte ou redécouverte de l’histoire de la France sous l’occupation. C’est le premier film de fiction à parler directement et ouvertement de la collaboration1
Bien qu’une quarantaine d’années se soient écoulées après la sortie du film et que les événements relatés s’éloignent, le sujet reste brûlant.
Malle s’est expliqué sur ses intentions dans un livre d’entretiens réalisé avec Philip French : « Comme presque toujours dans mes films, je n’ai pas voulu porter de  jugement. Je n’ai pas voulu simplifier, je n’ai pas voulu faire seulement le portrait d’un traître. J’ai cherché plutôt à analyser un personnage complexe, dans toutes ses contradictions. Mais je n’ai absolument pas tenté de l’excuser ou de le justifier (…) Il n’avait même pas, sur le plan culturel, les moyens de comprendre ce qu’il faisait ».2
Louis Malle a mûri longtemps le projet de  » Lacombe Lucien « . Il a mené une enquête minutieuse, rencontré des nombreux témoins et historiens avant de rédiger la dernière version du scénario avec Patrick Modiano. Comme à son habitude, il s’est assuré le concours des meilleurs spécialistes. Il a réussi à rassembler une distribution hors du commun en mêlant comédiens professionnels (Holger Lowenadler, Thérèse Giehse, et la bande de gestapistes), mais aussi de tout jeunes débutants qui font leur première apparition à l’écran (Pierre Blaise et Aurore Clément). Louis Malle fait preuve d’une maîtrise et d’une perfection formelle que lui envient beaucoup de cinéastes de sa génération. Son style froid, détaché, son regard d’entomologiste (formule habituelle, mais dans son cas, pertinente), exempt de tout jugement moral convient parfaitement à ce récit où la banalité du mal n’égale que l’extraordinaire de la situation.
Pourtant un certain nombre de questions subsistent : Pourquoi cette fascination morbide voir complaisante de la part de Louis Malle pour un psychopathe inculte, violent, suicidaire, à rebours de l’histoire comme Lacombe Lucien ? Que cherche Louis Malle à travers le récit sordide et pathétique de la faillite de ce simple d’esprit ? Quelle leçon, quelle exemplarité, quel enseignement tirer d’un tel fourvoiement ?

Dans une note de préparation du film3 qui porte la mention « Ecrit pour Lacombe » et  intitulé « Qu’est-ce qu’il fait », Louis Malle écrit à propos des intentions qu’il attribue à son héros :
–      Du cynisme
–      De la violence
–     Totalement anormal
–      Des surprises
–      La loi des hommes ridiculisé
–      Le triomphe du désir
–      Les contradictions du personnage
Parmi les nombreuses pistes possibles pour expliquer la genèse du film, Louis Malle évoque une conversation avec Melville : « Jean Pierre Melville m’avait raconté une histoire qui m’avait encouragée à faire Lacombe Lucien. Melville était un grand résistant. Un jour, il avait pris le train pour aller à Bordeaux, ce devait être en 1943, avec un ami qui était également de la résistance. A cette époque les trains étaient d’une lenteur désespérante, ils s’arrêtaient partout. Dans le compartiment, il y avait un jeune homme. La conversation s’est engagée et il leur avait dit qu’il tenait absolument à se conduire en patriote et qu’il allait s’engager dans les Waffen S.S. ». (( La Waffen S.S. de la division Charlemagne était un régiment de volontaires français engagés sous l’uniforme Allemand des S.S pour combattre sur le front Russe. )) « Il irait combattre les communistes sur le front Russe. Il débordait d’enthousiasme : « C’est pour mon pays que je veux faire ça ! ». Avant l’arrivée à Paris, ils avaient réussi à le retourner complètement. Il était entré dans la résistance et était devenu un héros ».4 Que cherche Louis Malle, en évoquant cette anecdote qui cherche à mettre sur le même plan l’engagement dans la résistance et celui de soldats Français qui combattaient sous l’uniforme Allemand ?
« Lacombe Lucien », malgré un indéniable succès commercial reste un film problématique et ambigu qui porte encore la marque de son éreintement par la critique 5 Louis Malle blessé par la réception de son film quittera la France pour poursuivre pendant quelques années sa carrière aux Etats-Unis. Il ne reviendra qu’en 1987 pour réaliser «Au revoir les enfants», un film dans lequel on retrouve dans un rôle secondaire, un individu identique à celui de Lacombe Lucien, mais cette fois, entouré de personnages porteurs d’un autre regard sur l’époque. Le psychopathe sans scrupule et profiteur de  » Au revoir les enfants  » est montré sans complaisance et sans effet de loupe, à la bonne place en quelque sorte. Le film sera un succès public justement récompensé par 7 césars et 1 oscar. Il est probable qu’ « Au revoir les enfants » ait été pour Louis Malle une manière de « réparer » le film « Lacombe Lucien ».

Pour en savoir sur les films concernant cette période, lire l’article d’Anne-Marie Obajtek-Kirkwood sur :
http://clicnet.swarthmore.edu/aobajtek/chagrin_pitie.html

 

  1. Mis à part  » Lacombe Lucien «  de Louis Malle (1973) deux autres films, celui de Michel Mitrani  » Les guichets du Louvre «  (1974) et Jacques Doillon  » Un sac de billes  » d’après le roman de Joffo, (1975), traiteront de cette époque par la fiction. Il faudra attendre que l’opinion publique soit plus réceptive, c’est-à-dire 1980, pour que Truffaut obtienne un succès public avec  » Le dernier métro  » 
  2. FRENCH Philipp, Conversations avec Louis Malle, Paris, Edition Denoël, 1993, p 122
  3. Suplément du dvd Arte video : Film de « revoir Lacombe » texte de Marc Cerisuelo
  4. Philipp FRENCH, Conversations avec Louis Malle, Paris, Edition Denoël, 1993, p 126 -127
  5. A sa sortie,  » Lacombe Lucien «  déclenche une violente polémique. Une partie de la critique, surtout celle d’extrême gauche, attaque violement le film pour les raisons mêmes énoncées par Malle. Serge Daney dans Libération dénonce cette « drôle de conception de l’histoire ». D’un côté, il y a ceux « qui expriment les idées » et de l’autre, « ceux qui n’en sont que les victimes. D’un côté les poubelles de l’histoire et de l’autre ses paumés. Les poubelles, ça se vide et les paumés, ça s’excuse. Grattez le fascisme et vous trouverez l’homme », dans le supplément du dvd Arte video, Revoir Lacombe, texte de Marc Cerisuelo