La tête haute

Emmanuelle Bercot

Avec Rod Paradot (Malony, le jeune), Catherine Deneuve (La juge), Sara Forestier (la mère), Benoît Magimel (L’éducateur), Diane Rouxel (Tess)

Couleurs - 2015 - DVD

L'intrigue

Malony est traîné dans le bureau du juge pour enfants dès l’âge de six ans pour être placé en institution. On suit son parcours chaotique entre sa mère, son frère, la juge, son éducateur et les centres jusqu’à ses 18 ans.

  • Catherine Deneuve (La juge) et Rod Paradot (Malony)

  • Rod Paradot (Malony)

  • Rod Paradot (Malony)

  • Rod Paradot (Malony, le jeune) et Benoît Magimel (L’éducateur),

  • Rod Paradot (Malony, le jeune) et x (son avocat)

  • Rod Paradot (Malony, le jeune) et Benoît Magimel (L’éducateur)

  • Sara Forestier (la mère)

  • diane rouxel (Tess)

  • Diane Rouxel (Tess) et Rod Paradot (Malony)

  • Emmanuelle Bercot

  • Benoît Magimel et Emmanuelle Bercot

  • Affiche: La tête haute

Garder la tête haute

Avec « La tête haute » Emmanuelle Bercot et sa scénariste Marcia Romano font une proposition originale, énergique et sensible sur un canevas éprouvé : l’histoire de l’enfant en difficulté qui devient au fil du temps un vrai jeune délinquant et se dirige à sa majorité vers un naufrage annoncé. Bercot aborde de front ce thème difficile et en évite les pièges que sont la fascination pour la transgression, le constat jouissif de la violence des jeunes, la déploration de la misère sociale, la dénonciation de principe de l’action de la justice et de la police pour finir en impasse sur le credo de l’inacceptable du système. La réalité qu’aborde le film de Bercot, souvent dramatique voire tragique, nécessite de rendre compte de l’action des différents acteurs et institutions à l’oeuvre (police, justice, PJJ, éducateurs, assistante social, etc.). Question délicate, comment mettre en scène le travail d’une juge, d’un éducateur ou du personnel de centre en évitant l’éreintement ou l’hagiographie ? Aussi la réalisatrice a-t-elle pris le problème à l’endroit, elle a enquêté pendant plus de deux ans sur le terrain avant d’écrire son scénario. Le but du film d’Emmanuelle Bercot est de donner « une idée du travail qui est fait par la société, par l’institution et par la justice des mineurs pour aider les enfants… qui ne sont pas nés délinquants, mais qui ont une histoire qui les a amenés là. »1. Les professionnels de la justice et de l’aide à enfance se reconnaissent dans le film et d’après leurs témoignages, les situations montrées sont en rapport avec celles que vivent les jeunes en difficultés.2.
« La tête haute » est un film engagé et construit qui défend un point de vue et rend compte des faits d’une manière qui va bien au-delà des clichés véhiculés sur le sujet. Contrairement aux idées reçues, la réalisatrice soutient qu’il n’y a pas de déterminisme social pour ceux qui, comme le jeune Malony, sont en but à de grandes difficultés (père absent, mère démissionnaire, refus de l’école et fatalité du chômage). Rien ne permet de prédire systématiquement qu’il s’agit là des causes qui mènent à la délinquance. Certains délinquants sont issus de familles dites « normales » tandis que certaines familles « cabossées » ont des enfants qui s’en sortent très bien. Chaque cas est particulier, les situations sont complexes et les facteurs multiples.3
La deuxième idée qui sous-tend le film de Bercot, c’est que la justice des enfants et le personnel du système de protection des mineurs mettent en avant la prévention et l’accompagnement des jeunes délinquants avant d’avoir recours à la sanction et à l’enfermement. Certes, cette politique a un coût plus élevé à court terme, mais ce coût est sans commune mesure avec celui que nous devrions tous payer si rien n’était entrepris pour contenir cette violence à sa source, autrement dit le coût sociétal est décuplé quand la répression est mise en avant à la place de la prévention. Dans ce cas, la violence de la part des jeunes délinquants devenus adultes est démultipliée entraînant une augmentation de la souffrance psychique pour les proches, les victimes et les délinquants eux-mêmes, comme c’est le cas par exemple aux Etats-Unis actuellement ou dans les pays qui n’ont pas de système judiciaire organisé comme le nôtre.4
Emmanuelle Bercot filme au quotidien et sur la longueur le travail obstiné d’une juge qui, face à un enfant qui réapparaît sans cesse dans son bureau pour des méfaits divers, ne cesse d’expliquer, de menacer, de soutenir et finalement de parier sur Malony, de croire en lui, en espérant qu’il comprenne, qu’il « switche », qu’il passe à autre chose et sorte de la répétition et de l’échec. Elle montre en détail et « sur le motif », la ténacité et la volonté farouche d’une éducatrice qui apprend à lire à Mahony et fait face à ses crises, son découragement et à son agressivité sans baisser les bras.
« La tête haute » est un film positif, romanesque et mélodramatique. C’est un choix que Bercot revendique, elle l’a fait pour parler au plus grand nombre du travail de ces adultes qui s’engagent et luttent pour que le pire ne soit pas toujours certain. Bercot met en scène… pourquoi avoir peur du mot… l’amour dont témoignent ces adultes qui s’occupent d’enfants en difficultés.
« La tête haute » est un film nécessaire, c’est aussi un film engagé qui fait la preuve qu’une politique efficace et humaine pour soutenir et contenir les jeunes délinquants est viable et nécessaire. Il apporte un démenti flagrant à tout ceux qui préconisent des solutions comptables, libérales et populistes aux problèmes de la délinquance et souhaitent démanteler le service public.

  1. interview d’Emmanuelle Bercot dans le bonus du dvd.
  2. Pendant le débat organisé par cinepsy.com à Thorigny sur Marne (77), Madame Monpierre, présidente du tribunal pour enfants de Créteil, reconnaissait son action dans celle du personnage de la juge interprétée par Catherine Deneuve. Pour Mme Véronique Philipeau responsable à la PJJ de Lagny et Mme Aurélie Picard éducatrice, le cas de Malony correspond aux situations qu’elles rencontrent au quotidien dans leur travail.
  3. Un rapport de l’Inserm publié en 2005 qui s’intitule « Troubles des conduites chez l’enfant et l’adolescent » va dans un sens strictement opposé et prône le dépistage de la délinquance dès la petite enfance. Ainsi, page 272 de ce rapport : « Les examens de santé en France se déroulent depuis la grossesse jusqu’à l’adolescence avec des bilans systématiques pour l’enfant 8eme jour, 9eme mois, 24eme mois, 5-6 ans). (…) Le groupe d’experts recommande d’utiliser le dispositif actuel des bilans de santé et des examens systématiques de la petite enfance, de l’enfance et de l’adolescence pour effectuer un meilleur repérage du trouble des conduites ou de ses facteurs de risque. Il recommande un examen de santé vers 36 mois : à cet âge, on peut faire un premier repérage d’un tempérament difficile, d’une hyperactivité et des premiers symptômes du trouble des conduites. »
    Page 264, le passage du rapport de L’Inserm sur « une éventuelle relation causale entre le taux de cholestréol bas dans le sang et un comportement agressif violent » chez l’humain a partir d’études réalisées sur le singe, donne une idée du niveau général de l’étude : Le document est téléchargeable sur : www.inserm.fr/content/download/7154/…/troubles+des+conduites.pdf. Le collectif « Pas de zéro de conduite pour le enfants de trois ans » fait savoir que ce bouclier « anti délinquance » était improductif, moralement suspect, contraire aux recommandations des professionnels de la petite enfance et cherchait avant tout à masquer une diminution des moyens derrière une pensée simplificatrice et répressive qui se pare d’un habillage scientifique.
  4. Il importe de rappeler que sur 10 000 habitants, 743 personnes sont détenus aux Etats-Unis, 103 en France et 85 en Allemagne et 78 en Suède. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_population_carcérale