Gentille

Sophie Fillières

Avec Emmanuelle Devos (Fontaine Leglou), Bruno Todeschini (Michel Strogoff ), Lambert Wilson.

Couleurs - 2005 - DVD

L'intrigue

Michel Strogoff et Fontaine Leglou vivent ensemble à Paris. Elle est médecin anesthésiste dans un hôpital psychiatrique et lui est paleontéoclimatologue. Il la demande en mariage. Elle hésite…

  • Emmanuelle Devos (Fontaine Leglou)

  • Emmanuelle Devos et Bruno Todeschini

  • Emmanuelle Devos et Bruno Todeschini

  • Sophie Fillières

  • Emmanuelle Devos

  • Bruno Todeschini (Michel Strogoff) et Julie-Anne Roth (Cléia)

  • Affiche: Gentille

Un film sur le désir

On pourrait se croire dans un film typiquement français, voire parisien, prétexte à un festival de bons mots et de syllogismes bien choisis. Une variante moderne de Quadrille (1938) de Guitry où la parole s’épuise dans l’exercice d’une conversation brillante et raffinée. Mais Fillières ne se situe pas dans la suite de Guitry. Chez elle, les mots ne sont pas prétextes à rire, à plaire ou à séduire, mais bien du côté du witz, du mot d’esprit et d’une recherche exigeante, obstinée et poétique d’une « parole pleine ».1
Fillières est la plus Allemande (au sens philosophique) des cinéastes français(es). Elle propose une approche phénoménologique, presque heideggerienne de l’existence. Avec les moyens les plus élémentaires et sans aucun artifice, elle renouvelle un genre apparu à la fin des années cinquante qui fut le prétexte à un questionnement existentiel sur l’incommunicabilité, l’enfer du couple ou le vide de l’existence. Cette quête des profondeurs s’apparente chez Fillières à un traitement de surface. Elle se situe dans la suite de cet autre amoureux des mots que fut Eric Rohmer. Fillières évite la profondeur, se méfie du sens, ignore le tragique et fuit l’angoisse. Ses films sont des variations légères, vives et drôle sur l’existence. Lacan est passé par là, il s’agit du sujet lacanien à la fois présence et absence, qui par l’effet de la parole, prend naissance dans l’Autre. Dans Gentille, on est ravi d’observer le monde merveilleux qui surgit des lapsus, des non-dits, des méprises, des divagations. Le monde a tout à coup l’apparence de son envers, il faut faire le mur pour entrer dans l’hôpital psychiatrique, ce sont les médecins que l’on prend pour les malades et, en toute logique, le cabinet du psychanalyste devient l’endroit du « Désert ». (Dans Gentille, le psychanalyste s’appelle Mr Désert)
Gentille est un film sur le désir, la rencontre, l’amour, le non sens… C’est un film inclassable, drôle, brillant, inattendu, inventif… C’est la vie selon Sophie Fillières.

Document

Je vous suggère un lien avec un article de Nicolas Floury sur « la subversion lacanienne du sujet moderne » qui propose un abord certes philosophique, mais accessible de la question du sujet inconscient chez Lacan.

« Le retour à Descartes des années 1964 : construction du sujet de l’inconscient »
Nicolas Floury : « Il n’y a pas d’inconscient du sujet mais un sujet de l’inconscient. C’est déjà dire que le sujet de l’inconscient n’a pas d’épaisseur, il est sans étendue – du moins on ne peut en rendre compte avec une géométrie de type euclidienne, mais avec une topologie relevant de la bande en huit de Moebius, que nous ne développerons pas ici –, et il n’est pas non plus une substance. C’est même un non-être et le formaliser sous les traits de l’ensemble vide est déjà trop. C’est ce que nous allons tenter de montrer en reprenant les étapes de la genèse du sujet lacanien. Nous en déduirons alors quelques conséquences pour ce qu’il peut en être de l’antihumanisme supposé de Lacan – non pas la mort du sujet, mais bien plutôt, comme nous le verrons, son clivage interne, qui met le sujet hors de lui-même. »

Lire la suite sur : http://anabase-1.com/Files/floury___la_subversion_lacanienne_du_sujet_moderne.pdf

  1. « La parole pleine est une parole pleine de sens, la parole vide est une parole n’a que de la signification ». Séminaire de Jacques Lacan : « L’insu-que-sait-de l’Une-bévue » – 1977